Europe de la Défense : des petits pas encourageants

, par Cyprien Bettini

Europe de la Défense : des petits pas encourageants
Le rapport sur l’avenir des relations entre l’Europe et les Etats-Unis entamerait “l’an 1 de la défense européenne”, selon l’eurodéputé Bernard Guetta (Renew) Source : Parlement européen

Alors que se tiennent les plénières du Parlement européen à Strasbourg, les eurodéputé(e)s se sont réunis ce mardi 5 octobre pour discuter et voter de nombreuses directives et résolutions. A cette occasion, Tonino Picula (S&D) a présenté un rapport sur l’avenir des relations UE-USA devant le Haut-Représentant, Josep Borrell. La présentation de ce rapport a ensuite donné lieu à des discussions enflammées, à un moment où les Etats-Unis, bien que de retour, semblent tourner le dos à leurs partenaires européens

Il aura fallu que les Etats-Unis montrent à la fois des signes de faiblesses et de désintérêt pour que l’Europe (r)éveille sa conscience sécuritaire. C’est en tout cas le constat qu’a dressé l’ancien Ministre des Affaires étrangères Croate Tonino Picula (S&D) dans son rapport sur l’avenir des relations entre l’Union européenne et les Etats-Unis. Alors que le monde, et particulièrement l’Europe, attendait des Etats-Unis un retour à la normale après la présidence tumultueuse de Donald Trump, l’actualité a semblé montrer le contraire. Les récents événements en Afghanistan ainsi que la rupture du contrat franco-australien ont fait prendre conscience aux Européens que les Etats-Unis n’accordent plus forcément la même importance à leurs partenaires du Vieux Continent. Le document en question suggère ainsi en solution que l’Union européenne “développe son autonomie stratégique en matière de défense et de relations économiques,” et ouvre par là les débats sur une Union de la Défense.

Cette mention n’a en pas manqué de susciter diverses réactions au sein de l’hémicycle. A commencer par de nombreux député(e)s libéraux qui, bien que se félicitant de cette avancée, espèrent voir dans cette prise de conscience une véritable mise en route des futures politiques européennes de défense. A cet effet, Bernard Guetta (Renew) estime que ce rapport entame “l’An 1 de la Défense européenne.” Une position que partage Nathalie Loiseau (Renew) qui ajoute que l’Europe, bien qu’abandonnée par les Etats-Unis lors de l’affaire AUKUS, a su faire entendre sa voix.

Les analyses enthousiasmantes des libéraux n’ont pourtant été accompagnées que par des réactions mitigées des deux côtés de l’hémicycle. A droite, les eurodéputés ont adopté différentes postures en fonction de leur groupe et de leur nationalité. Alors que certains députés du PPE ont manifesté leur désir de voir cette autonomie se développer dans le cadre contraint de l’OTAN, d’autres de leurs collègues ont déjà fait le deuil de l’organisation transatlantique, affirmant que les actualités liées à l’Afghanistan et les sous-marins australiens ne sont que des exemples éclatants de la fin de l’ère du multilatéralisme. Une même contradiction se retrouve chez les députés d’extrême-droite et de droite radicale, qui n’arrivent pas à se décider entre une allégeance totale à l’OTAN ou un retrait total de l’alliance militaire. Un tout autre portrait est dressé au sein de la gauche européenne, pour autant, celle-ci fait face aux mêmes divergences internes. Tandis que Raphaël Glucksmann (S&D) souhaite que l’UE “désire davantage d’autonomie et de puissance” pour converser avec les Etats-Unis “en tant qu’alliés et non tant que vassaux”, d’autres députés sociaux-démocrates et d’extrême-gauche se sont montrés beaucoup plus sceptiques. A ce propos, Emmanuel Maurel (GUE/NGL) doute qu’une autonomie stratégique européenne émerge dans le futur car l’Union européenne n’arrive toujours pas “à sortir d’une sorte de subordination volontaire” dans laquelle elle favorise sa relation avec des Etats-Unis tout-puissants au détriment de ses propres intérêts.

Malgré les divergences de fond, les discussions ne se sont pas arrêtées au seul sujet de l’autonomie stratégique. A droite par exemple, certains députés ont manifesté leur inquiétude par rapport aux diverses affaires d’espionnage qu’ont subi certains gouvernements européens au cours de ces dernières années. En partant des Verts pour aller jusqu’à l’extrême-gauche, les revendications se sont davantage centrées sur la lutte contre les paradis fiscaux, le respect des engagements climatiques ou encore la lutte contre les monopoles numériques.

Ainsi, pour la première fois, les députés européens se sont saisis de la question de l’autonomie stratégique. Et bien qu’il se heurte encore à de nombreuses réticences provenant autant de la droite que de la gauche, ces discussions essayent tant bien que mal de définir les traits d’une souveraineté extérieure qui n’ose pas encore dire son nom. Face aux appels désespérés des députés, le Haut-Représentant aux Affaires Extérieures, Josep Borrell, s’est empressé de dire que le sujet sera présenté devant les Chefs d’Etats européens lors du Conseil européen informel se tenant ce weekend. La balle est désormais dans leur camp...

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