Sport traditionnel : les fonds européens structurels et d’investissement post 2020

, par Kiera Wason Milne, Sport et citoyenneté, Traduit par Aliénor Thouvenot

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Sport traditionnel : les fonds européens structurels et d'investissement post 2020

Le Conseil européen des 13 et 14 décembre 2018 s’est penché sur les sujets prioritaires que sont le marché unique, les migrations, les relations extérieures, la lutte contre la désinformation et le budget de l’Union européenne après 2020. Bien que ce dernier ne soit pas toujours le sujet le plus séduisant, il est utile de prendre quelques minutes pour se demander dans quelle mesure le cadre financier pluriannuel (CFP) de l’UE a le potentiel de changer la vie quotidienne des Européens.

Le sport n’est généralement pas la première chose qui vient à l’esprit lorsqu’on parle de financement européen – ou si cela était le cas, il serait probablement associé au programme Erasmus+. En effet, parmi les 14,7 milliards d’euros consacrés au budget Erasmus+ 2014-2020, 270 millions d’euros sont consacrés au sport, et en particulier aux sports de masse. En d’autres termes, l’Union européenne a dédié un budget défini, utilisé pour la Semaine européenne du sport et pour d’autres projets répondant à des priorités et objectifs sélectionnés à la suite d’appels à propositions.

Les fonds européens sont décidés au sein du cadre financier pluriannuel (CFP), qui établit les limites de dépenses par secteur, année et période. Le plus souvent, ce cadre s’étend sur une période de sept ans. Les CFP reflètent les priorités politiques de l’UE et sont mis en place selon un processus démocratique au niveau européen. La Commission européenne envoie une proposition de budgets par secteur au Parlement européen, qui est libre de voter des amendements avant de finaliser les budgets en trouvant des accords avec le Conseil.

Notre CFP actuel couvre la période 2014-2020, ce qui signifie que les négociations pour le prochain CFP 2021-2027 ont commencé au printemps dernier, lorsque la Commission a proposé de doubler le budget du programme Erasmus+ pour atteindre 30 milliards d’euros, parmi lesquels 550 millions d’euros seraient consacrés au sport. Bien que le fait de doubler le budget soit un geste généreux, prendre du recul par rapport à Erasmus+ pour regarder les autres fonds européens nous permet d’avoir une vision d’ensemble. Au cours de la période qui est sur le point de s’achever, la politique de cohésion disposait d’un budget total de 351,8 milliards d’euros, répartis entre ses trois fonds (Fonds européen de développement régional ou FEDEF ; Fonds social européen ou FSE ; Fonds de cohésion). En comparaison, Erasmus+ n’est rien que quelques gouttes dans un vaste océan de fonds.

La politique de cohésion (également connue sous le nom de politique régionale) est l’une des pièces maîtresses permettant à l’Union européenne d’atteindre les objectifs de la stratégie « Europe 2020 », comprenant une croissance intelligente, durable et inclusive et visant à réduire les inégalités économiques et sociales au sein de l’Union européenne. La politique de cohésion s’adresse davantage aux États membres dont le PIB est inférieur à 90% de la moyenne des 27 États membres. En pratique, les régions dont le PIB par habitant est inférieur à 75% - essentiellement les régions de l’Europe du Sud et de l’Est – bénéficient de cette politique.

En plus de la politique de cohésion, 85 milliards d’euros sont consacrés au Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER). Avec le Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP), ces cinq fonds constituent les Fonds structurels et d’investissement européens (FSIE), qui s’élèvent actuellement à 454 milliards d’euros.

Actuellement, les fonds structurels sont rarement utilisés pour le développement du sport et de l’exercice physique, bien que cela ait été fait à plusieurs occasions. L’exemple le plus célèbre de politique de cohésion ayant bénéficié au sport est peut-être celui des infrastructures polonaises (routes, autoroutes, transports en commun) construites pour le championnat d’Europe de football de 2012. Mais une poignée d’autres existent, comme la création d’un contournement routier autour de la ville de Wałcz en Pologne, afin de décongestionner le trafic et de faciliter indirectement l’accès aux zones sportives de la ville ; ou encore la création d’un grand site de sport et de divertissement à Kaunas, la deuxième plus grande ville de Lituanie ; enfin, la restauration des eaux côtières au sud-est de Malte dans le but de relancer à la fois l’assainissement local et le tourisme.

La rareté des exemples dont nous disposons est principalement due au fait que les fonds FSIE font seulement référence au sport et à l’exercice physique de façon indirecte, en mentionnant des investissements en matière de santé et de politique sociale, dans un but de réduction des inégalités régionales ou d’amélioration de la santé de la population active. Finalement, cela souligne le fait que l’Union européenne doit encore pleinement intégrer le pouvoir du sport et reconnaître le sport comme un outil au service du progrès social, bien que les recherches en la matière abondent. Si ce pouvoir social du sport était véritablement pris en compte dans les fonds FSIE, il est facile d’imaginer le changement tangible que cela apporterait dans la vie quotidienne des citoyens européens. Il est prouvé que le sport et l’exercice physique dépendent d’un entrelacement complexe de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux – à l’intérieur desquels l’accès aux infrastructures, identifié de façon répétée comme un principal obstacle ou facilitateur à l’exercice du sport et à l’activité physique.

À l’heure actuelle, le Parlement européen est en voie de proposer et de voter des amendements aux fonds structurels post 2020. À « Sport et Citoyenneté » (Sport&Citizenship, un think-tank, NDLR.), il est de notre devoir de prendre ces sujets au sérieux et d’encourager la prise de conscience. Comme une poignée d’autres qui croient au pouvoir du sport, nous surveillons attentivement l’évolution du budget des fonds structurels, et prônons une inclusion plus explicite du sport et de l’exercice physique dans les sujets éligibles aux investissements.

Ouvrir un financement européen pour le sport au-delà d’Erasmus+ est un catalyseur potentiel de changements positifs sur le plan social et en matière de santé, et aura sans doute des répercussions profitables au bien commun. Rendre le sport et l’exercice physique éligibles au sein des fonds structurels contribuera grandement à la généralisation du sport, et permettra qu’il devienne davantage un sujet transversal en termes d’attention, de préoccupation, de possibilités et de responsabilités.

L’inactivité physique des Européens continue de progresser alors que nous sommes confortablement installés dans notre style de vie sédentaire. Pourtant, de tels modes de vie ont un impact sur la qualité de vie des individus (et sur leur espérance de vie), et sur leur efficacité académique et professionnelle, faisant de la sédentarité un fardeau incontestable pour la société. Un accès plus large et simplifié aux infrastructures sportives (que cela soit pour des activités formelles ou informelles) ou à la mobilité ne sera pas seulement bénéfique pour notre condition physique ou notre santé mentale, mais contribuera également à rendre nos sociétés plus heureuses et productives. Le sport est un outil formidable au service du progrès social : exploitons son pouvoir.

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